Actualité Région
Environnement : le Nord-Pas-de-Calais cumule toujours les handicapsjeudi 02.10.2008, 04:57 - PAR YANNICK BOUCHER
Photo archives Jean-Charles Bayon
Les sujets de satisfaction sont rares à quelques jours du premier anniversaire du Grenelle de l'environnement. Air, eaux, sols, déchets, espèces : la situation continue de se dégrader globalement.
Les théoriciens de l'écologie savent le dire : la crise économique et sociale est plus intimement liée que prévu à une crise écologique, quand l'homme n'a pas respecté son propre cadre de vie. En période de crise, l'acceptation sociale d'un environnement dégradé est forte, la nature devenant souvent une abstraction - au mieux, un cadre pour le sport ou la balade du dimanche. En publiant il y a quelques jours son imposante et très remarquable synthèse du profil environnemental du Nord - Pas-de-Calais , la DIREN n'a fait que confirmer la crainte des spécialistes et le ressenti d'une majorité d'entre nous : la situation se dégrade. Pire, elle se dégrade par rapport aux enquêtes menées l'automne dernier pour le Grenelle de l'environnement . La nature, sauf exceptions, semble corsetée par l'étalement urbain et la pression démographique. Que faire ?... Grande région industrielle, l'essentiel de la pollution des sols est d'héritage avec une friche industrielle française sur deux et un site pollué français sur six même si les fermetures de quelques gros pollueurs ont permis d'améliorer sensiblement la pollution émise par l'industrie. Grande région de flux et d'échanges, les rejets de C02 par habitant et par an sont légèrement supérieurs à la moyenne nationale. Nouveaux périlsGrande région agricole et urbaine, elle détient encore le record absolu du déficit d'espaces naturels sauvages (12,3 %). Les landes sont en danger, les prairies disparaissent peu à peu, les zones humides sont rares (record national de disparition). Les deux tiers du trait de côte reculent en bord de mer, l'érosion progresse et l'étalement urbain ne se réduit pas (15 % du territoire régional est artificialisé). C'est l'ennemi de la nature : une région divisée en quatre millions de morceaux d'écopaysages parfois si isolés les uns par rapport aux autres qu'ils empêchent toute circulation (donc toute reproduction) d'espèces. Et puis il y a du nouveau. Les nitrates utilisés dans les engrais pour doper la croissance des végétaux refont parler d'eux. Très solubles dans l'eau, ils polluent jusqu'aux nappes souterraines dont nous dépendons à 95 % pour notre alimentation en eau. Comme les phosphates issus des fuites de canalisations d'égout, notamment dans le bassin minier, les nitrates tuent l'oxygène des cours d'eau, faisant chuter leur biodiversité. Nitrates, phosphates, airs connus, au même titre que les PCB, dioxines ou furannes cancérigènes. Mais d'autres pollutions apparaissent, aux impacts peu mesurés. Comme les cyanobactéries, entre l'algue et la bactérie, ces petits points verts neurotoxiques pour les reins ou le cerveau pouvant bleuir les étangs des Prés du Hem, le ValJoly des cigognes noires ou le lac villeneuvois du Héron. Ou comme, plus grave, les perturbateurs endocriniens lâchés par les PCB, le mercure des sédiments de canaux, les pesticides, les molécules industrielles ou médicamenteuses, dont les pilules contraceptives non filtrées par les stations d'épuration. Toutes ces hormones féminines se retrouvent dans les milieux naturels, féminisant les espèces mâles avec le risque déjà sensible de malformations génitales chez l'homme. Quand reverra-t-on le fond des mares et les épinoches dans nos fossés ? Les écureuils en ville ? Les castors en campagne ? Un mammifère sur quatre est en danger et nous avons perdu 75 % de notre richesse animale en moins de trois siècles. Une espèce de plante sur quatre disparaît tous les deux ans, c'est un autre record national hors Picardie, sur le plan agricole plus intensive |
Actualité Région
« Il y a encore des trous dans la carlingue »jeudi 02.10.2008, 04:57 - La Voix du Nord
Maurice Launay : «La nature se contente des
miettes...»
Maurice Launay dirige le service nature à la direction régionale de l'environnement (DIREN).
« À la question "La nature peut-elle reprendre ses
droits dans la région ?", je vous réponds qu'elle n'en a plus,
donc elle ne peut plus les reprendre, mais se contenter des miettes.
Il y a encore des trous dans la carlingue de la biodiversité, c'est-à-dire
l'ensemble des êtres vivants, animaux et végétaux. On descend
toujours, les écosystèmes continuent de se dégrader, mais on
commence doucement un certain redressement. Je pense aux acquisitions
foncières par les conseils généraux, à notre littoral conservé
malgré trois ports et des stations balnéaires mais très menacé par
les promoteurs. La région ne recense que 3 % de territoires en
espaces protégés, où la biodiversité est prise en compte, mais
nous avons acquis deux nouvelles réserves naturelles en 2008. Nous
manquons cruellement d'espaces verts dans nos villes, mais la nature
s'adapte. On voit les moineaux se nourrir des insectes piégés dans
les radiateurs des voitures, les corneilles au sommet des immeubles ou
des colonies de mouettes ou de goélands argentés en ville. »
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Marie-Christine Blandin : « Choquée par la durabilité de la bêtise »jeudi 02.10.2008, 04:57 - La Voix du Nord
Marie-Christine Blandin: «Il n'y a pas d'effet
Grenelle.» Photo Max Rosereau
Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord, ancienne présidente de Région, anima l'atelier biodiversité du Grenelle à Paris en octobre 2007.
« À la question "Y a-t-il un effet Grenelle dans la région
?", la réponse est non. Quelles difficultés à avancer sur le
reboisement des territoires ou sur la qualification des emplois dans
la filière bois ! Quel scandale de voir avancer le projet d'incinérateur
près de Saint-Omer, malgré la mobilisation de l'opinion, alors qu'on
connaît l'impact du panache de fumée sur la santé et
l'environnement. Nous sommes très engagés dans la réparation des
traumatismes infligés aux écosystèmes régionaux, mais on voit
encore se développer ce type de projets au détriment de la
valorisation des déchets. Je suis choquée de manière plus générale
par la durabilité de la bêtise. On s'attaque aujourd'hui dans les
ministères aux toxicologues, biologistes, botanistes, zoologues. On
n'apprendra plus à reconnaître les champignons dans les facs de
pharmacie ! En revanche, on nous répète partout que l'urgence est à
l'éducation à l'environnement. Cherchez la contradiction... »
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