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Paris 10 juin
2006
Le Parc des Buttes Chaumont
Le parc des
Buttes-Chaumont est le plus escarpé et le plus grand des 426 jardins de Paris,
à l'exception du jardin des Tuileries et du parc de La Villette. C'est un parc
paysager, une forme évoluée du jardin anglo-chinois, dont la conception irrégulière
s'oppose au genre régulier des jardins dits " à la française ". Il
offre aux regard des plus avertis une juxtaposition de tableaux s'inspirant des
paysages de Fragonard, et surtout d'Hubert Robert, peintre des jardins de Rome.
Par les effets de surprise, de couleurs, et la disposition des végétaux
certains pourraient même y remarquer l'influence de Jean-Jacques Rousseau.
Une île rocheuse se dresse au centre de son célèbre lac, et dévoile un
romantique petit temple de la Sybille, qui occupe l'emplacement exacte de
l'ancienne carrière à ciel ouvert, tandis que la grotte se situe à l'entrée
d'une carrière souterraine.
Il abrite de belles essences d'arbres exotiques et indigènes, qui s'accrochent
aux flanc de la butte, tantôt sur un chemin, tantôt sur une pelouse à la
pente vertigineuse.
Une multitude d'oiseaux se partagent le territoire convoité de la butte,
mouettes rieuses, poules d'eau, cygnes noirs, canards colverts, qui apprécient
ses hauteurs et la fraîcheur du lac. De l'automne au printemps, vous
remarquerez la bergeronnette des ruisseaux au plumage jaune et gris. Voletant et
trottinant nerveusement pour capturer des insectes, elle agite sans cesse sa
longue queue, ce qui lui a valu le surnom de hochequeue.
Un peu
d'histoire
Dès l'Antiquité, le sous-sol parisien était exploité pour ses carrières de
gypse, qui donnèrent à la capitale son surnom de " Lutèce la blanche
". Les Romains avaient découvert qu'il se transformait en plâtre une fois
porté à une température de 120°C.
Le creusement des carrières sur la Butte Chaumont commença après la Révolution,
ce qui changea considérablement sa physionomie. Au XIXème siècle, la précieuse
matière était acheminée jusqu'aux Etats-Unis, ce qui a valu au quartier son
nom de " quartier d'Amérique ". Elle s'élevait à une hauteur de 45
mètres et était divisée en trois galeries superposées d'environ 15 mètres
de hauteur.
Vous remarquerez peut-être, au cours de votre promenade, la rue des
Chaufourniers, au voisinage du parc. Le gypse y était acheminé pour être
chauffé dans les fours à chaux, qui ont laissé leur nom à la rue.
Ce lieu escarpé et inculte servait aussi de bassin d'épuration, où l'on
faisait sécher les matières recueillies, qui étaient utilisées pour la
fabrication d'un engrais. Ce n'était pas le seul attrait de la butte,
puisqu'elle permettait aussi de se débarrasser des cadavres de chevaux. Cette décharge
à ciel ouvert était tolérée, car elle se situait encore en-dehors des
limites de la ville de Paris... A sa disparition, l'habitude restera d'y jeter
toutes sortes d'ordures. Les carrières furent exploitées jusqu'en 1860.
Au Second Empire, les carrières fermées, Napoléon III décida de transformer
la colline désolée en somptueux jardin. L'Etat acquit le terrain en 1863 et
les premiers coups de pioche furent donnés en 1864. Trois ans furent nécessaires
pour réaliser les travaux titanesques de terrassement et créer les aménagements
paysagers qui agrémentent le parc. Cette prouesse nécessita l'aide de 1 000
ouvriers, une centaine de chevaux, 450 wagonnets sur 39 km de rails, 2 machines
à vapeur, et l'utilisation de dynamite pour faire sauter la roche. 200 000 m3
de terre végétale et 800 000m3 de terrassement furent utilisés, et 14 212
barreaux verticaux vinrent habiller la grille de 2 475 mètres composée de 6
grands portails.
Le parc fut inauguré le 1er avril 1867, en même temps que l'Exposition
Universelle du Champ-de-Mars. Assisté du jardinier Barillet- Deschamps, de
l'architecte Davioud, et de l'ingénieur Belgrand, Jean-Charles Alphand métamorphosa
les anciennes carrières, creusant un lac et une grotte ornée de fausses
stalactites, faisant jaillir des cascades et des ruisseaux. Davioud réalisa également
une partie de la mairie du 19ème arrondissement (1869), située en face de
l'entrée principale du parc.
Le parc prit alors le nom de la butte, " Chaumont " venant, selon
toute hypothèse, de la contraction des mots " chauve " (calvus en
latin) et " mont " (mons en latin).

Le
temple de la Sybille est une réplique du temple de Tivoli. Il est né du talent
de l'architecte Davioud en 1869, qui utilisa un style composite, ionique et
corinthien (feuilles d'acanthes, fruits et têtes de lions), comportant 8
colonnes et un soubassement en pierre du Jura. Vous y accèderez par la "
passerelle suspendue " faite en bois de chêne, qu'il ne faut pas confondre
avec le pont en pierre dit des " suicidés ".



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