
Edition d'Hazebrouck du dimanche 25 novembre 2007
ENVIRONNEMENT
La forêt de Nieppe, zone humide remarquable en péril ?
Les habitants de la dernière grande forêt de Flandre doivent-ils
trembler ? Les observations de militants écologistes, qui
redoutent un assèchement du milieu, accréditent un appauvrissement de
la zone humide remarquable. Une étude, la première, sur le rôle
hydrologique précis du troisième plus grand massif boisé de la région,
sera lancée au printemps 2008.
PAR MARC LE TELLIER
hazebrouck@lavoixdunord.fr PHOTOS PATRICK JAMES ET « LA VOIX »
La forêt, ces 2 600 hectares qu’il explore à loisir depuis
1984, Alain Vaillant y tient. Au point que la moindre modification du
milieu suscite, si ce n’est des certitudes, tout au moins des inquiétudes
chez le guide nature. Et ce de tout temps. En 1987, il lançait
l’Appel des chênes, pour demander une étude sur la mort de centaines
de ces vénérables arbres. Les recherches mettaient en cause plusieurs
facteurs (pollutions, sécheresse et drainage).
Mai 2005 : il découvre une drève, percée d’une vingtaine
de mètres de large pour quelque trois kilomètres de long. L’Office
national des forêts, gestionnaire du lieu, se justifie : « Il
s’agit d’une réserve de bois vieillissant à laquelle nous
n’avions pas accès.
» « C’est la dernière drève », jure l’ONF.
L’avenir démontrera le contraire. Aujourd’hui, le réseau qui
permet l’évacuation du bois par camions s’est densifié, transformé,
dans des proportions inquiétantes (lire ci-contre). Le maillage
des cours d’eau en forêt de Nieppe, très riche historiquement, se développe
aussi. Une condition pour que les chemins restent praticables. « En
langage militaire, cela s’appelle quadriller le terrain »,
compare Alain Vaillant. La « fragmentation » aurait
des conséquences : acheminer plus vite l’eau vers le sud de la
forêt, à Haverskerque et Saint-Venant ; nuire à l’intégrité
d’une « zone humide prioritaire » ; menacer la
biodiversité. « L’ONF se prévaut d’une logique de développement
durable dans le discours tout en modifiant l’identité de la forêt de
Nieppe, dont l’intérêt floristique et faunistique ne sont plus à
prouver. Les zones humides ont régressé de 30 % en trente ans
dans la région », lance Jean-Louis Wattez, de Lestrem Nature.
Le poumon vert est-il menacé ? À compter du printemps prochain et
le lancement d’une étude sans précédent, le SYMSAGEL (syndicat
mixte pour le schéma d’aménagement de gestion des eaux de la Lys)
pourrait apporter des éléments de réponse : « Nous
savons peu de choses de la forêt, de son véritable rôle hydrologique,
des niveaux d’eau, du rôle du ruissellement, de l’apport réel des
multiples fossés, indique un chargé de mission. L’objectif est
d’obtenir des données exhaustives en 2009. Après seulement, une
gestion équilibrée des écoulements d’eau sera envisagée avec tous
les acteurs du secteur. » •
> Joint par téléphone, Joël
Dufour, responsable territorial de l’office national des forêts,
n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Des digues dans le collimateur
Des travaux de renforcement sur des chemins forestiers ont été
stoppés en juin. Plus que le matériau, des résidus de haut fourneaux,
la méthode utilisée par l’ONF a été incriminée par le service départemental
de police de l’eau.
Des tas bleutés à quelques mètres de la route, à l’orée de la
forêt, au hameau du Parc. Pas très bucolique. Suffisamment étrange en
tout cas pour mettre la puce à l’oreille de Jean-Louis Wattez.
C’est lors d’une balade printanière que le militant vert fait cette
découverte. Vérification faite, il s’agit de « laitier »,
mélange de cendres et de composés non ferreux. Ces résidus sont
communément employés dans des chantiers, comme ballast ou remblais.
L’ONF, qui a entrepris de renforcer des travaux dans la forêt de
Nieppe, l’utilise pour des fonds de chemin. Ce n’est pas le laitier
en lui-même qui aurait causé l’arrêt du chantier du jour au
lendemain, courant juin, mais la nature même des aménagements. Depuis
la loi sur l’eau de 1992, la surélévation des « digues »
en zone humide est strictement réglementée. Selon nos informations,
l’ONF l’ignorait. La procédure enclenchée par la police de l’eau
a été transmise au procureur de la République d’Hazebrouck. • M.
L. T.