L’agriculture biologique sérieusement menacée !

Comment faire cohabiter sur un même territoire des plantes transgéniques et leurs parentes conventionnelles ou issues de l'agriculture biologique ? Aux Etats européens de trouver la solution, au cas par cas. Car si l'Europe s'apprête à lever le moratoire sur les OGM, le seuil de 0,9 % de contamination par ces plantes, qu'elle a fixé pour l'étiquetage des produits alimentaires, conditionne dans une large mesure la réponse, qui risque d'être problématique.
Chacun est conscient que l'introduction des OGM à grande échelle constituera un événement irréversible. Il est admis que, pour certaines espèces, comme le maïs et le colza, les croisements avec les variétés non OGM sont
quasiment certains. Parce que le pollen est emporté par le vent et les insectes. Parce que les graines sont  transportées par les oiseaux ou mélangées lors du transport, du stockage ou de leur transformation industrielle. Parce que encore, comme c'est le cas du colza, des graines tombées à terre peuvent germer.

L'agriculture biologique se trouverait alors en première ligne face à l'irruption des OGM.

 

  
950 paysans bio canadiens menacés de faillite par les OGM.
Des paysans du Saskatchewan (Canada Nord-Ouest), certifiés en agriculture biologique, ont vu leurs récoltes de colza refusées en bio car contaminées par des organismes génétiquement modifiés (OGM). Les contaminations proviennent de cultures sur semences OGM produites par les firmes multinationales Monsanto et Bayer, et implantées parfois assez loin des parcelles bio. Les 950 paysans touchés entament évidemment des procédures judiciaires contre Bayer et Monsanto, leurs pertes totales étant estimées à plus de 14 millions de dollars !
Les fermes de certains risquent la faillite, leur production devenant invendable en bio. Mais le plus grave reste à venir puisque le blé OGM risque d'être introduit prochainement au Canada, ce qui condamnerait définitivement cette culture en bio, et entraînerait la disparition de milliers de paysans bio canadiens. Percy Schmeiser, un paysan canadien qui n'a jamais semé que ses propres graines et n'a jamais acheté d'OGM, a été condamné parce que ses champs ont été contaminés par les OGM de Monsanto et qu'il a refusé de payer les royalties réclamées pour usage illicite de gènes brevetés. Cette condamnation l'a conduit à la faillite.

 

Trois questions à  Matthieu Calame  ingénieur agronome président de l'Institut technique de l'agriculture biologique (ITAB). LE MONDE  08.07.03
1. Vous êtes ingénieur agronome, Après la levée du moratoire européen sur les OGM, comment préserver l'étanchéité entre cultures classiques et plantes génétiquement modifiées ?
L'exemple américain nous garantit que c'est impossible. A partir du moment où des flux de gènes sont constatés, où des croisements avec des cousins sauvages ont lieu, si les gènes génétiquement modifiés donnent un avantage comparatif important aux plantes, ils se multiplient et nous ne sommes pas capables de contrôler leur dissémination. Nous ne sommes pas en position de réclamer que le moratoire soit maintenu. Mais nous demandons que les personnes qui vont décider de le lever le fassent en connaissance de cause.
2. Le succès commercial, donc la superficie d'OGM cultivée en Europe, sera un facteur déterminant pour l'avenir.
Oui, mais la contamination ne sera qu'une question de temps. Il faut prendre en compte la quantité de surfaces emblavées et l'efficacité du gène. Plus les surfaces seront importantes et plus l'avantage comparatif du gène sera fort, plus rapide sera la contamination. Même les pays qui ont refusé les OGM et qui sont sur le même continent que les Etats-Unis, comme le Mexique ou le Brésil, ne sont pas exempts d'OGM. Ces pays achètent des semences aux Etats-Unis. Le marché de la semence est mondial, et la capacité à faire des semences exemptes d'OGM sera de plus en plus difficile. Il existe donc une lente contamination. C'est un phénomène connu, mais absolument pas pris en compte dans la réflexion sur les seuils menée en Europe. La question est de savoir si le seuil administratif est tenable biologiquement.
3. Les distances d'isolement entre les cultures, voire la séparation géographique, parfois envisagées ne suffiront pas ?
Je suis très pessimiste. Toutes ces mesures ne feront que ralentir le phénomène. Les lois administratives ne s'imposent pas aux lois biologiques. Avant même de penser à leur coût, le problème de la faisabilité des filières sans OGM se pose.
Si les OGM sont adoptés dans l'Union européenne, le non-OMG risque de devenir infaisable à l'échelle de quinze ou vingt ans, à moins de faire de l'agriculture biologique confinée. L'ITAB en fait une préoccupation majeure, puisque les OGM sont proscrits dans ce mode de culture. Mais les agriculteurs conventionnels réticents vis-à-vis des OGM commencent à avoir les mêmes préoccupations que nous.
 
 
 
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