L’agriculture biologique
sérieusement menacée !
Comment
faire cohabiter sur un même territoire des plantes transgéniques et
leurs parentes conventionnelles ou issues de l'agriculture biologique ?
Aux Etats européens de trouver la solution, au cas par cas. Car si
l'Europe s'apprête à lever le moratoire sur les OGM, le seuil de 0,9 %
de contamination par ces plantes, qu'elle a fixé pour l'étiquetage des
produits alimentaires, conditionne dans une large mesure la réponse,
qui risque d'être problématique. L'agriculture biologique se
trouverait alors en première ligne face à l'irruption des OGM.
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Trois
questions à Matthieu
Calame ingénieur agronome président
de l'Institut technique de l'agriculture biologique (ITAB). LE MONDE 08.07.03 1. Vous êtes ingénieur agronome, Après la levée du moratoire européen sur les OGM, comment préserver l'étanchéité entre cultures classiques et plantes génétiquement modifiées ? L'exemple américain nous garantit que c'est impossible. A partir du moment où des flux de gènes sont constatés, où des croisements avec des cousins sauvages ont lieu, si les gènes génétiquement modifiés donnent un avantage comparatif important aux plantes, ils se multiplient et nous ne sommes pas capables de contrôler leur dissémination. Nous ne sommes pas en position de réclamer que le moratoire soit maintenu. Mais nous demandons que les personnes qui vont décider de le lever le fassent en connaissance de cause. 2. Le succès commercial, donc la superficie d'OGM cultivée en Europe, sera un facteur déterminant pour l'avenir. Oui, mais la contamination ne sera qu'une question de temps. Il faut prendre en compte la quantité de surfaces emblavées et l'efficacité du gène. Plus les surfaces seront importantes et plus l'avantage comparatif du gène sera fort, plus rapide sera la contamination. Même les pays qui ont refusé les OGM et qui sont sur le même continent que les Etats-Unis, comme le Mexique ou le Brésil, ne sont pas exempts d'OGM. Ces pays achètent des semences aux Etats-Unis. Le marché de la semence est mondial, et la capacité à faire des semences exemptes d'OGM sera de plus en plus difficile. Il existe donc une lente contamination. C'est un phénomène connu, mais absolument pas pris en compte dans la réflexion sur les seuils menée en Europe. La question est de savoir si le seuil administratif est tenable biologiquement. 3. Les distances d'isolement entre les cultures, voire la séparation géographique, parfois envisagées ne suffiront pas ? Je suis très pessimiste. Toutes ces mesures ne feront que ralentir le phénomène. Les lois administratives ne s'imposent pas aux lois biologiques. Avant même de penser à leur coût, le problème de la faisabilité des filières sans OGM se pose. Si les OGM sont adoptés dans l'Union européenne, le non-OMG risque de devenir infaisable à l'échelle de quinze ou vingt ans, à moins de faire de l'agriculture biologique confinée. L'ITAB en fait une préoccupation majeure, puisque les OGM sont proscrits dans ce mode de culture. Mais les agriculteurs conventionnels réticents vis-à-vis des OGM commencent à avoir les mêmes préoccupations que nous. |