2007 a des
arguments intéressants pour qu'elle soit un jour retenue
comme l'année de bascule verte.Ou ce sera 2009, lorsque
les Etats-Unis délestés de George Bush amorceront avec
force la pompe à CO2, en s'appuyant sur les qualités
intrinsèques du pays: son énergie entrepreneuriale, son
savoir-faire technologique, son pragmatisme. Ou alors ce
sera 2012. Ou 2020. Ou jamais. Il n'empêche: 2007 a des
arguments intéressants pour qu'elle soit un jour retenue
comme l'année de bascule verte.
Rupture
démocrate
Après le raz-de-marée démocrate aux législatives américaines,
le nouveau Congrès promet une rupture dans le domaine de
l'environnement. Les mois suivants, les initiatives se
multiplient après des années d'immobilisme. Une victoire démocrate
aux présidentielles de 2008 changerait la donne mondiale.
• Le GIEC
Principale autorité scientifique en matière de réchauffement,
le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du
climat (GIEC) publie au cours de l'année les volumes de son
quatrième rapport. Plus de 2500 scientifiques de 130 pays
ont préparé ce document qui sert de référence à la
communauté internationale. Le premier volet, en date du 2 février,
entérine la montée rapide des températures ces dernières
décennies et confirme le rôle important joué par l'homme
dans cette évolution. Il pronostique une accentuation de la
tendance d'ici à 2099. La fourchette va en principe de +1,8°C
(au mieux) à +4°C •(au pire) par rapport à la période
1980-1999 selon les scénarios (B1, A1B, A2, A1FI). Mais,
compte tenu des marges d'incertitude, elle est susceptible
de s'étendre de +1,1°C à +6,4°C. Les deux voletssuivants,
diffusés le 5 avril et le 3 mai, traitent respectivement
des effets duréchauffementsur les conditions de vie de
l'humanité et des mesures à prendre pour enrayer le phénomène.
La synthèse finale paraît le 16 novembre. Désormais, ni
la réalité du changement climatique, ni l'influence de
l'homme ne sont plus contestées sérieusement. Seules
restent sujettes à controverse l'ampleur du phénomène et
la priorité à lui accorder face à d'autres grandes
menaces.
- Grenelle de
l'environnement en France
. Le président a exposé un
programme ambitieux, négocié entre écologistes et milieux
économiques au cours des états généraux de
l'environnement. Dans certains domaines, les avancées
pourraient être spectaculaires.
• 20%
Les ministres européens de l'Environnement tombent d'accord
le 20 février pour que l'UE réduise ses émissions de gaz
à effet de serre d'«au moins» 20% d'ici à 2020 et de 30%
si les autres pays industrialisés acceptent un effort
comparable. Ces objectifs sont bien supérieurs aux 8% prévus
par le Protocole de Kyoto au terme de la période 2008-2012.
• Film catastrophe
Le cinéma au secours de la planète. Après Al Gore,
Leonardo DiCaprio: la star de Titanic présente le 19 mai au
Festival de Cannes La 11e Heure, un documentaire qu'il a
coproduit et co-écrit sur les déséquilibres
environnementaux qui guettent la vie sur terre, de la hausse
du niveau des mers à la chute de la biodiversité en
passant par le développement de maladies liées à la
pollution.
• Etat d'alerte
Onze retraités de haut rang de l'armée américaine
publient en avril un rapport alarmiste. Ils y décrivent le
réchauffement climatique comme «un multiplicateur de
menaces d'instabilité dans certaines des régions les plus
instables du monde». Ils appellent les autorités américaines
à renforcer leur action pour éviter «une rupture
importante dans la sécurité et la stabilité planétaires».
• Al Gore
L'ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore s'était
imposé en 2006 comme une vedette de l'environnement grâce
à son film Une vérité qui dérange, consacré au réchauffement
climatique. En 2007, il demeure tout en haut de l'affiche en
accumulant les honneurs.
Al Gore commence l'année en recevant le 25 février à
Hollywood deux Oscars pour son long-métrage: ceux du
meilleur documentaire et de la meilleure chanson originale.
Et il la termine en recevant le 12octobre, en compagnie du
GIEC, le Prix Nobel de la paix. Le comité scandinave salue
ainsi les efforts qu'il a déployés «afin de mettre en
place et diffuser une meilleure compréhension du changement
climatique causé par l'homme, et de jeter les bases des
mesures nécessaires pour contrecarrer un tel changement».
Après la Kényane Wangari Maathai et ses plantations
d'arbres, c'est la deuxième fois en trois ans que le Prix
Nobel de la paix récompense le combat pour l'environnement.
Et lie ainsi l'état de la planète à la sécurité de
l'humanité.
• Le front des villes
Les maires des 46 villes les plus importantes et les plus
polluées du monde appellent, le 18 mai, les dirigeants des
grands pays industrialisés à agir vite contre le réchauffement,
à l'issue d'un sommet de quatre jours organisé à New York
sur le climat. En prélude, le maire de New York,
Michael Bloomberg, avait présenté un plan ambitieux pour
rendre sa métropole «plus verte».
• Pèlerinages aux pôles
Le Groenland devient l'endroit symbolique où se rendre pour
dénoncer le réchauffement. La présidente démocrate de la
Chambre des représentants, l'Américaine Nancy Pelosi,
ouvre le bal en mai, suivie de la chancelière allemande
Angela Merkel, du président de la Commission européenne
José Manuel Barroso et du ministre français du Développement
durable Jean-Louis Borloo.
• G8
La chancelière allemande Angela Merkel remporte un joli
succès lors du sommet du G8 qui se tient début juin à
Heiligendamm. Elle persuade le président américain George
Bush – qui refuse de s'engager sur des réductions chiffrées
de gaz à effet de serre – de souscrire à un texte évoquant
une diminution «substantielle» de ces rejets. Washington
accepte aussi de «prendre en compte sérieusement» les
engagements plus ambitieux de ses partenaires du G8.
• Eco-atterrissage
Après l'écotourisme, voici l'éco-atterrissage. La
compagnie aérienne SAS inaugure une nouvelle forme
d'atterrissage censée garantir la sécurité des vols tout
en réduisant sensiblement les émissions de gaz à effet de
serre. La manœuvre consiste à amorcer la descente plus tôt
et à ralentir les moteurs. Un appareil réduit ainsi sa
consommation de kérosène de 100 litres.
• Parkings durables
Les voitures ont la malencontreuse manie de dégager du CO2
dans l'atmosphère. Certaines beaucoup plus que d'autres.
Les plus sales sont désormais pénalisées dans certains
districts du Grand Londres. Leurs propriétaires paient le
parking jusqu'à quatre fois plus cher.
• Compenser
Plusieurs compagnies aériennes, dont Lufthansa, Swiss et
EasyJet, commencent à proposer à leurs clients de
compenser le CO2 émis lors de leurs déplacements. La palme
revient à Virgin Atlantic qui l'offre pendant ses vols, en
même temps que les produits duty-free.
• Biocarburants
Les biocarburants ne sont pas la solution miracle que l'on a
pu croire, avertit le 4 juillet l'Organisation des Nations
unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans un
rapport intitulé «Perspectives agricoles de l'OCDE et de
la FAO 2007-2016». S'ils contribuent effectivement à la réduction
des émissions de gaz à effet de serre, ils favorisent
grandement les hausses de prix des produits alimentaires en
ponctionnant quantité de céréales, de sucre et d'huiles végétales.
Au risque de provoquer des disettes.
• Sécheresse
Le premier ministre australien, John Howard, annonce le 24
juillet sa décision de légiférer afin de mettre en œuvre
un Plan national de sauvegarde de l'eau. Une décision très
attendue dans un pays en proie à la pire sécheresse de son
histoire récente. Les météorologues restent divisés sur
le lien existant ou non entre ce phénomène et le réchauffement
climatique. Mais les Australiens, traditionnellement indifférents
aux problèmes environnementaux, montrent un intérêt
croissant pour l'écologie.
• Drapeau
Coup de force dans les eaux glacées de l'océan glacial
Arctique. Le 2 août, le bathyscaphe Mir plante à la
verticale du pôle Nord, et par 4261 mètres de fond, un
drapeau russe en titane. Une initiative destinée à
affirmer à la face du monde les revendications
territoriales de Moscou sur la région. C'est que le dégel
de la banquise renforce grandement l'attrait de ces confins,
en y ouvrant de nouvelles voies maritimes et en y autorisant
l'exploitation des hydrocarbures. L'Arctique, nouveau «point
chaud» du globe?
• Une base verte en Antarctique
La Station Princess Elisabeth, première base «verte» de
l'Antarctique, est assemblée et inaugurée à Bruxelles le
5 septembre. L'installation, qui accueillera de 12 à 20
personnes dès 2008, utilisera des énergies renouvelables
(solaire, éolienne) et recyclera ses déchets.
• 4,13 millions
C'est, en km2, la surface qu'occupaient les glaces arctiques
à la fin septembre. Il s'agit d'un nouveau record minimal,
qui bat de 23% celui de l'été 2005.
• Des incendies de mauvais augure
Des incendies ravagent pendant deux semaines, en octobre, la
Californie du Sud, ce qui conduit le gouverneur de l'Etat,
Arnold Schwarzenegger (photo) et le président George Bush
à prendre des mesures d'urgence. La gravité de ces
sinistres s'explique par la sécheresse, un temps chaud et
des vents forts. Et si le phénomène préfigurait les
effets à venir du réchauffement climatique? se demande
plus d'un Américain.
• Océans
Dans son rapport final du 17 novembre, le GIEC renonce à
fixer une valeur supérieure limite à l'élévation du
niveau des océans due au réchauffement climatique - en
mars, la fourchette se situait entre 8 et 59 centimètres
d'ici à 2100. En cause: les incertitudes liées notamment
aux comportements des calottes glaciaires. Une étude publiée
dans Nature Geoscience soulignait la plausibilité de
projections de l'ordre d'un mètre.
• Fièvre verte
Vague verte aux législatives suisses du 21 octobre. Les écologistes
obtiennent 11,5% des voix à l'élection au Conseil national
- 9,6% pour le Parti écologiste suisse (PES), soit le
meilleur score de son histoire, et 1,9% pour Ecologie libérale,
qui réussit son entrée sur la scène politique nationale.
Plus historique encore: les écologistes forcent la porte du
Conseil des Etats, avec trois élus: les Verts Robert Cramer
(GE) et Luc Recordon (VD), et la Zurichoise Verena Diener d'Ecologie
libérale. Les deux derniers sont élus au deuxième tour
d'une âpre bataille disputée au scrutin majoritaire. Ils récoltent
donc plus de 50% des suffrages. Les écologistes commencent
très fort la nouvelle législature. Désireux de chasser
Christoph Blocher du Conseil fédéral, ils font mine de lui
opposer la candidature «de combat» de Luc Recordon, avant
de la retirer in extremis au matin du 12 décembre au profit
d'une UDC modérée, la conseillère d'Etat grisonne Eveline
Widmer-Schlumpf. Ils figurent parmi les vainqueurs de la manœuvre,
l'une des plus audacieuses de l'histoire politique de la
Suisse moderne.
• Le «greenwashing»
Ce mot-là possède un bel avenir. Apparu une première fois
dans la revue américaine Mother Jones en mars 1991, il a
commencé à percer cette année dans la presse grand
public. Et pour cause: il décrit un phénomène en rapide
expansion. Ce mot, c'est le «greenwashing», né de la
contraction des mots «green» (vert) et «whitewash»
(blanchir). Il désigne une opération de relation publique
consistant à «verdir» ou rendre écologiquement corrects
un objet ou une activité en réalité incompatibles avec la
défense de l'environnement. Comme d'autres blanchissent de
l'argent sale.
• Pétrole
Après avoir volé de record en record, les prix du pétrole
dépassent les 98 dollars en clôture à New York le 23
novembre. Une demande grandissante, de la part notamment des
pays émergents, s'oppose à une offre stagnante, malgré
les énormes efforts accomplis pour trouver de nouveaux
gisements. L'or noir apparaît de plus en plus comme le type
même des ressources épuisables auxquelles il faut vite
trouver des alternatives.
• 40%
C'est la part des quelque 850 espèces de coraux, inscrits
pour la première fois en 2007 sur la Liste rouge des espèces
menacées de l'Union mondiale pour la nature (UICN), qui
pourraient disparaître d'ici à quelques années. En cause:
lapollution, le tourisme (plongée sous-marine), la surpêche
et, surtout, les changements climatiques.
• Condamnés
Deux objets de grande consommation ont été dénoncés avec
virulence en 2007 pour leur mauvais bilan écologique. Le
sac en plastique, qui a la particularité de se dégrader très
lentement et donc d'envahir peu à peu les espaces
terrestres ou marins où il débarque. Et l'ampoule
classique à incandescence, qui a le tort de gaspiller l'électricité
qu'elle consomme en en utilisant une trop grande part pour
produire de la chaleur et une trop petite pour créer de la
lumière. L'un comme l'autre sont condamnés de plus en plus
massivement au point qu'après avoir envahi depuis des décennies
notre vie quotidienne, ils paraissent condamnés à disparaître
de nos existences.
• Voitures
George Bush signe à la mi-décembre une nouvelle législation
imposant aux constructeurs automobiles de diminuer de 40% la
consommation moyenne de leurs véhicules d'ici à 2020. Une
«solution nationale» qui entend s'opposer aux efforts
disparates des Etats américains.
• Andes
Il n'y a pas qu'en Europe que les glaciers fondent. Les
glaces de la Cordillère Blanche du Pérou, la plus grande
chaîne de glaciers située sous les tropiques, rétrécissent
aussi à vue d'œil à cause du réchauffement climatique.
Au pays des Incas, où sont localisés 70% des glaciers
tropicaux de la Terre, les Andes ont perdu au moins 22% de
leur surface glaciaire depuis 1970, et la fonte s'accélère,
a annoncé l'Institut national des ressources du Pérou le
20 février.
• Trams cargo
La ville d'Amsterdam fait preuve d'imagination pour lutter
contre les gaz à effet de serre. Non contente de disposer
de trams pour le transport des personnes, elle a mis en
place en 2007 des «trams cargo» pour acheminer
marchandises et matières premières.
• Bali
La communauté internationale se met en ordre de bataille à
Bali. Le 15 décembre,
à l'issue de deux semaines de débats,
les représentants de 187 pays (sur 194) lancent un cycle de
négociations destinées à fixer une nouvelle stratégie
globale de lutte contre les émissions de gaz à effet de
serre. Il était temps: le Protocole de Kyoto, qui a fixé
les premiers efforts, expire le 31 décembre 2012.
• Solar Impulse
Année faste pour Solar Impulse, l'avion solaire de Bertrand
Piccard. Après avoir trouvé un troisième sponsor majeur
et 15nouveaux millions de francs, le Suisse et son équipe
peuvent construire les premiers éléments de leur engin
unique au monde.
• La Chine en tête
L'Agence internationale de l'énergie indique le 12 novembre
dans un rapport que la Chine est devenue en 2007 le premier
émetteur de gaz à effet de serre de la planète, devant
les Etats-Unis, en attendant de se convertir en premier
consommateur d'énergie peu après 2010. L'Inde suit le même
chemin. Elle devrait se hisser au troisième rang des émetteurs
de gaz à effet de serre autour de 2015. Les «pays
industrialisés» craignent que ces évolutions ne réduisent
à néant leurs efforts de réduction d'émissions.
• Vent
L'éolien s'est imposé en 2007 comme l'énergie
renouvelable la plus prometteuse à court terme. Le domaine
affiche un taux de croissance mondial de l'ordre de 20%.
Avec un champion, l'Allemagne, qui produit désormais
presque autant d'électricité avec le vent qu'avec le nucléaire.
La Suisse possède une trentaine d'installations, qui
produisent ensemble quelque 14 gigawattheures. mais compte
bien multiplier cette puissance par 40 d'ici à 2030