Un rapport intéressant, d'abord avec des chiffres sur la charge polluante d'une autoroute, l'A11 à Nantes, et aussi la reconnaissance de l'inexistence de mesures comparables sur les autoroutes françaises!!
Une autoroute de taille moyenne produit une tonne de matière en suspension par km et par an!!
JL Wattez
Rapport d'une commission du Sénat
Source : Audition de MM. Georges RAIMBAULT et
Michel LEGRET, Directeurs de recherche au Laboratoire central des Ponts &
Chaussées (LCPC) de Nantes (février 2002)
La plupart des surfaces aménagées et imperméables accumulent des dépôts
secs qui seront mobilisés par temps de pluie et entraînés avec l'écoulement
des eaux. L'étude de la qualité des eaux de pluie en milieu périurbain a été
effectuée sur une chaussée d'autoroute régionale (A11 - Nantes - 24 000 véhicules/jour),
et une piste d'aéroport régional (Marseille). A notre connaissance, des
mesures comparables n'existent pas pour les grandes infrastructures de la région
parisienne (A1, A6, Orly, Roissy,...).
La circulation automobile est à l'origine de plusieurs dépôts polluants :
hydrocarbures (huile et essence), oxydes d'azote (issus des gaz d'échappement),
chlorures (sels de déverglaçage), métaux provenant des pneus (zinc, cadmium),
des freins (cuivre), ou de la chaussée (érosion de revêtements en bitume,
zinc des glissières de sécurité). La liste peut être établie sans difficulté.
En revanche, les quantités sont plus difficiles à évaluer. Ces polluants vont
se répartir entre plusieurs compartiments :
- une partie (27 %) va être rejetée dans l'atmosphère et se déposer en
bordure de chaussée, dans un rayon de 25 m par rapport à la route ;
- une partie (64%) déposée sur le revêtement, va être mobilisée par la
pluie et être retenue dans un enrobé drainant qui joue un rôle filtre. Un
enrobé drainant peut diminuer la charge de polluants de 20 à 40 %
(diminution observée avec un enrobé drainant : 25 % sur le cuivre,
65 % sur le zinc et le cadmium, 75 % sur le plomb, 90 % sur les
hydrocarbures) ;
- une partie (9%) déposée sur le revêtement, va être mobilisée par la pluie
et transportée dans l'eau de ruissellement. Les particules vont être mélangées
à la pluie pour former des « matières en suspension » (MES). La
première étape est le fossé, qui joue un rôle de tampon très efficace,
comparable à un bassin de décantation.
Une autoroute de taille moyenne (25.000 véhicules/jour) produit une tonne de
matières en suspension par km et par an (1 km d'autoroute = 2 hectares), dont 25 kg
d'hydrocarbures, 4 kg de zinc, 1/2 kg de plomb. Le sablage, mélange
de sable et de sels, représente un apport de matière de l'ordre de 5 à 10 tonnes
par km.
L'analyse des eaux d'écoulement a été effectuée également
sur quelques aéroports régionaux. La pollution entraînée dans les eaux est
très inférieure à celle rencontrée sur les autoroutes, à l'exception du
paramètre cadmium, lié à l'importance de l'usure des pneus au moment des
atterrissages.
Des pollutions ponctuelles interviennent cependant à l'occasion des opérations
de dégivrage des avions (un dégivrage requiert l'utilisation d'un m3 de
glycol), et surtout, des exercices d'entraînement des pompiers (feux de kérosène
générant d'importants rejets d'hydrocarbures dans les eaux). Ces pointes de
pollution pourraient être évitées par une meilleure sensibilisation des
personnels aux risques de pollution, et par l'aménagement systématique de
zones d'exercice (terrains entourés de bassins de retenue ou de fossés d'écoulement
dont le rôle dans l'épuration est très important).
Ces mesures paraissent particulièrement nécessaires lorsque les aéroports
sont situés à proximité de prises d'eau utilisées par les installations de
production d'eau potable (prise d'eau d'Orly de la SAGEP).
Les valeurs observées (en moyenne et en maxima) sont indiquées dans le tableau
suivant. Les valeurs moyennes masquent de très grands écarts entre les minima
et les maxima, de 1 à 2000 pour les chlorures (la valeur maximale étant liée
au salage). Ces valeurs ont été comparées aux valeurs réglementées des
rejets des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE,
arrêté du 2 février 1998) et des limites de qualité pour la
production d'eau destinée à la consommation humaine (décret du 20 décembre 2001).
L'importance des matières en suspension, des hydrocarbures et des chlorures
observée dans les eaux de ruissellement des eaux d'autoroutes excède très
largement les valeurs réglementaires précitées.
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Indicateurs de pollution dans les eaux de ruissellement sur autoroutes et pistes d'aéroports |
|||||||||
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|
MES (mg/l) |
DCO (mg/l) |
Cl (mg/l) |
Hc (mg/l) |
Pb (ug/l) |
Cu (ug/l) |
Cd (ug/l) |
Zn |
|
|
Moyenne autoroute régionale |
71 |
80 |
500 |
1,2 |
58 |
45 |
1 |
355 |
|
|
Moyenne aéroport régional |
50 |
55 |
5 |
0,7 |
15 |
10 |
3 |
150 |
|
|
Maxi autoroute régionale |
267 |
507 |
6424 |
4,2 |
188 |
145 |
4,2 |
1544 |
|
|
Réglementation ICPE( Installations classées pour la Protection de l'Environnement) |
35 |
125 |
200 |
10 |
500 |
500 |
200 |
2000 |
|
|
Réglementation pour la production d'eau potable |
25 |
30 |
200 |
0,05 -1 |
10-50 |
20-1000 |
1-5 |
500-5000 |
|